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| Vendredi 21 Decembre 2007 |
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| Culture française : déclin ou mutation ? |
| Pò pare stranu di mintuvà a cultura francese in u blog cunsacratu à a Corsica. Ma fatt'è fine, st'articulu ci permette di piglià in contu, in modu più largu e quistione poste oramai à a cultura corsa. Al di là di l'uppusizione pulitica è di a stampa di a francisazione, u particulare di a cultura in Corsica, pare ch'ellu fussi menu artisticu è puliticu ch'è ecunomicu.
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La mort de la culture française." En un titre, inscrit en première page, l'hebdomadaire américain Time a lancé la polémique. Une culture subventionnée favorisant la médiocrité, un marché intérieur protégé n'incitant pas à l'exportation, une esthétique intimiste ou cérébrale incapable de séduire un large public, appuyée sur une langue reléguée au 12e rang mondial : le réquisitoire du journaliste américain se voulait implacable. Ancienne puissance culturelle, la France ne serait plus que l'ombre, ou plutôt la caricature d'elle-même.
Livre : les pays francophones premiers acheteurs
En 1977, l'exportation de livres français se faisait d'abord vers la Belgique (avec 32,7 millions d'euros), le Canada, la Suisse puis la Côte d'Ivoire, l'Algérie et le Maroc devant les Etats-Unis (3,7 millions d'euros) et l'Allemagne. En 2006, la Belgique (181 millions d'euros), la Suisse et le Canada restent les premiers acheteurs de livres français. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni devancent le Maghreb et l'Afrique noire, du fait de leur appauvrissement. Mais les exportations de livres français vers les Etats-Unis ont régressé (25, 6 millions d'euros en 2006, contre 27 millions en 2003), comme au Royaume-Uni (22,8 millions contre 27,2).
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Déclinologues contre optimistes, gardiens du temple contre iconoclastes, le combat a traversé journaux, radios et télévisions. Preuve que, en France, la culture reste un sujet d'intérêt et que le cadavre observé par Time bouge encore. Mais ce constat n'épuise pas les questions : la culture française subit-elle une perte d'influence générale ? D'autres pays sont-ils touchés ? Est-ce le signe d'un épuisement créatif, d'une faiblesse conjoncturelle ou d'un changement durable de règles du jeu dans le monde des arts ?
Premier constat, la controverse se concentre sur trois disciplines : la littérature et les idées, le cinéma et les arts plastiques. A bon droit, Olivier Poivre d'Arvor, patron de Cultures France, l'organisme chargé de promouvoir la culture française à l'étranger, égrène la liste des succès nationaux à l'export : de l'architecture (Nouvel, Andreu, Portzamparc) à la danse (Preljocaj, Bel), de la musique techno (Air, Daft Punk) au nouveau cirque et aux arts de la rue (Zingaro, Royal de Luxe), sans compter les compositeurs (Boulez, Dutilleux, Dusapin) ou metteurs en scène (Mnouchkine, Chéreau) mondialement célébrés.
"Les scènes théâtrales et chorégraphiques françaises tournent beaucoup à l'étranger, elles y rencontrent un public très important, mais elles sont infiniment moins médiatisées que d'autres secteurs", regrette le metteur en scène et patron du CDN d'Orléans, Arthur Nauzyciel, un habitué des salles américaines. Mieux, insiste-t-il, les stars du théâtre américain, les Bob Wilson, David Mamet ou Susan Sontag, "ont d'abord été reconnues en Europe, et notamment en France, avant de connaître le succès aux Etats-Unis". Aujourd'hui encore, précise-t-il, les avant-gardistes américains, comme le Wooster Group ou Richard Foreman, ne doivent leur survie qu'au soutien du Vieux Continent.
Va donc pour les arts de la scène, mais quid des gros bataillons de livres, films et autres oeuvres plastiques françaises qui peinent à s'exporter ? Le monde de l'édition est éclairant. Les Sartre, Camus, Ionesco ou Foucault n'ont pas été remplacés. Depuis dix ans, le nombre de traductions progresse péniblement dans un marché mondial en forte croissance. Surtout, les exportations de livres français connaissent un recul spectaculaire dans la plupart des pays non francophones. La réponse institutionnelle est univoque : "La langue française a subi un véritable effondrement, insiste Olivier Poivre d'Arvor. Ce n'est pas pour rien si Time a mis le mime Marceau en couverture. Notre langue est devenue un obstacle. Si l'on prend ça en compte, notre culture résiste incroyablement bien."
Mais pourquoi alors un tel recul dans les arts plastiques ? Certes, le Kunst Kompass, palmarès des artistes contemporains réalisé par les Allemands, favorise ses champions nationaux. Mais depuis 1970, le baromètre n'a pas changé. A cette époque, trois artistes français (Vasarely, Yves Klein, Arman) figuraient parmi les dix plasticiens les plus exposés au monde. En 2007, le premier Français, Christian Boltanski, émarge au 19e rang. "Tous les indicateurs vont dans le même sens, poursuit le sociologue Alain Quemin. A la Foire de Bâle, le nombre de galeries françaises est passé de 33 en 2000 à 24 en 2006. A l'inverse, la FIAC n'attire plus les grandes galeries américaines, anglaises ou allemandes. Et cherchez nos artistes dans les grands musées étrangers ! On les y trouve dans des expositions temporaires, qui profitent ainsi des subventions de Cultures France pour boucler leur budget. Mais presque jamais dans les collections permanentes."
La faute aux artistes choisis pour représenter la France - les Boltanski, Calle, Buren... -, moins spectaculaires que leurs homologues allemands, les Richter, Baselitz ou Polke ? Ou aux structures qui opèrent ces choix ? Alain Quemin pointe clairement la responsabilité de Cultures France. Guy Walter, patron de la Villa Gilet et des Subsistances, deux structures lyonnaises dédiées à la création contemporaine, met lui aussi en cause le bras culturel de la France à l'étranger. Mais là où Quemin dénonce des aides qui "bénéficient toujours aux mêmes", Walter dénonce la politique de "coups", le "manque d'esprit de suite". "Il faut nouer des liens sur le terrain, patiemment, avec constance, proposer aux artistes étrangers, aux traducteurs, des résidences en France, plaide-t-il. Faire en sorte qu'il y ait un véritable échange. Sans arrogance."
Pour Olivier Poivre d'Arvor, rien ne sert de chercher des boucs émissaires. Si erreur il y a eu, elle est plus profonde : "Pour la France, la culture a toujours été un instrument diplomatique. On a tout axé sur le politique en oubliant l'économique." Là résiderait donc la faiblesse nationale. Alors que la culture se mondialisait, se démocratisait, entrait de plain-pied dans la sphère économique, le pays n'aurait pas su prendre le tournant, trop attaché à défendre son seul génie auprès des élites éclairées.
Kevin Mulhony, professeur d'administration publique à l'université de Baton Rouge, en Louisiane, l'assure : "Une époque s'achève". "Le déclin dont parle Time frappe les Etats-Unis comme la France. Mes étudiants ne sont pas plus capables de citer cinq écrivains ou philosophes américains que français. Ici, pour voir un film étranger, je dois faire2 000 km et aller à New York. Quant aux cinq films nominés aux Oscars, ils ont fait le tiers des entrées de Mission impossible 3. C'est tout un continent culturel qui sombre. Simplement vous les Français y teniez une grande place et y êtes encore sensibles."
Un déclin mondial et irréversible ? Pour l'historien Krzysztof Pomian, la révolution numérique, qu'il compare aux bouleversements introduits par l'imprimerie, "provoque immanquablement des phénomènes régressifs. Les humanistes de la Renaissance ont déploré la diffusion des incunables, moins parfaits que les admirables ouvrages manuscrits. Les nouveaux médias font bouger les frontières entre culture élitiste et culture de masse". Pour le pire ? L'historien balaye : "C'est une vieille antienne, on la retrouvait déjà sur les tablettes mésopotamiennes du IVe millénaire avant J.-C."
Nathaniel Herzberg et Emmanuel de Roux
Article paru dans l'édition du 21.12.07. |  | | > Commentaire(0) | |
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