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Vendredi 07 Decembre 2007



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À Bastia, la droite divisée à l’assaut de Zuccarelli
Dominique Costa (à Bastia) 05/12/2007 | Mise à jour : 13:56 | http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://limelight-845.static.dailymotion.com/dyn/preview/160x120/3869845.jpg&imgrefurl=http://www.dailymotion.com/Ghjuva_FPL%3Ffrom%3Drss&h=120&w=160&sz=19&hl=fr&start=76&um=1&tbnid=F1uIRQtDp3cyKM:&tbnh=74&tbnw=98&prev=/images%3Fq%3Dzuccarelli%26start%3D72%26ndsp%3D18%26svnum%3D10%26um%3D1%26hl%3Dfr%26client%3Dfirefox-a%26rls%3Dorg.mozilla:fr:official%26sa%3DN  

L’UMP espère mettre un terme à quarante ans de règne de la famille du maire sortant.

«Une mairie, c’est plus difficile à prendre qu’une région.» La maxime fait florès chez les fidèles d’Émile Zuccarelli. Le maire radical de gauche de Bastia (Haute-Corse) peut-il perdre le fauteuil où il a succédé, en 1989, à son père, Jean Zuccarelli ? Avec sa défaite aux législatives, en juin, ce qui semblait inimaginable hier est entré dans le champ du possible. Une chance pour lui : la perspective de ravir un siège dans lequel sa famille est assise depuis quarante ans fait se multiplier les postulants. Ainsi à droite, alors qu’il ne fait aucun doute que seule l’union peut faire la force, l’union ne se fait pas.

En cause, la rivalité entre les deux Jean-Louis, Albertini et Milani. Le premier, conseiller municipal de Bastia et vice-président de l’Assemblée de Corse, estime être le candidat naturel. L’ambition du second est confortée par sa victoire aux cantonales à Bastia en 2004 et aux législatives, comme suppléant du nouveau député UMP de la première circonscription de Haute-Corse, Sauveur Gandolfi-Scheit, le tombeur d’Émile Zuccarelli. S’il paraît acquis que Jean-Louis Milani sera désigné, il n’est pas dit que son rival acceptera d’être en troisième ou en cinquième position sur sa liste. Il pourrait alors décider de partir seul dans la bataille.

Tout occupé à désigner son leader, l’UMP a omis de s’intéresser à un troisième larron, Pierre Chiarelli. «Candidat, moi ? Ça fait six ans que je le suis officiellement !», plaisante ce pharmacien. Aux municipales de 2001, il a réussi un coup de maître, en arrivant deuxième avec 26,74 % des suffrages. Une alliance avec la droite, il y avait bien pensé après son soutien à l’UMP Sauveur Gandolfi-Scheit aux législatives contre Émile Zuccarelli. «J’étais prêt à l’ouverture, j’ai attendu, rien n’est venu.»

Car l’objectif numéro un de Pierre Chiarelli, c’est de mettre fin à un système et à quarante ans de «zuccarellisme». C’est aussi l’ambition des nationalistes, engagés dans une logique du «tout sauf Zuccarelli» qui les a fait appuyer la droite aux territoriales de 2004 et aux législatives de 2007, empêchant Émile Zuccarelli d’accéder à la tête de la région et de conserver un fauteuil de député acquis en 1986.

«Ça va se jouer à 500 voix»

Cette adversité aura-t-elle raison du maire ? Pas sûr, car celui-ci a plus d’un atout dans sa manche. L’ancestrale fidélité des Bastiais à son clan lui a valu quelques-unes de ses plus belles victoires dans les urnes, comme celle du non au référendum sur l’organisation institutionnelle de la Corse en 2003. Par ailleurs, depuis sa défaite aux législatives, Émile Zuccarelli semble vouloir prouver qu’il n’est pas sourd aux critiques. Lui que ses adversaires disaient hautain et invisible apparaît en ville et reçoit sans rendez-vous les mercredis matin. «Il a longtemps cru que travailler était suffisant, explique un de ses proches. Il sait maintenant qu’il faut se montrer, rencontrer les gens.» Enfin, dans cette élection, l’ancien ministre de Lionel Jospin sait pouvoir compter sur le soutien des formations de gauche, grâce à sa réconciliation avec les communistes – un temps fâchés pour une affaire de cantonales – et avec les socialistes avec lesquels il s’était brouillé en 2001.

«Ça va se jouer à 500 voix», entend-on dans Bastia. La bataille devrait être serrée. Ce ne serait pas la première fois qu’Émile Zuccarelli sortirait vainqueur d’un scrutin que ses détracteurs disaient perdu d’avance pour lui.
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Prucessu Colonna
Envoyé spécial en Corse MICHEL HENRY QUOTIDIEN : vendredi 7 décembre 2007 http://www.liberation.fr/actualite/societe/296389.FR.php 
A Bocognano (Corse-du-Sud), à 30 km au-dessus d’Ajaccio, Achille Martinetti prépare la Foire à la châtaigne, qui débute aujourd’hui. Le procès Colonna, il n’a guère envie d’en parler, toujours «sous le choc» d’un acte qu’il n’approuve pas, commis «par des gens travailleurs, normaux, qui ont une morale», dont certains qu’il connaît très bien. «J’ai mal vécu cette affaire. C’est notre histoire. J’assume tout ça. Mais c’est un gâchis terrible.» Pour ce nationaliste, qui croit à l’innocence d’Yvan Colonna, «la conscience ne doit pas mener qu’à des actes désespérés. Il n’y aura pas de grand soir». Lui préfère «faire de la politique tous les jours» en développant l’agriculture. Et s’interroge sur l’usage de la violence : «Que voulez-vous faire de plus, après ce qu’ils ont fait ?»

«Une forme d’impuissance»

Après le meurtre du préfet Erignac, le 6 février 1998, il y a d’abord eu, en Corse, la révolte : 40 000 personnes dans la rue contre la violence. Près de dix ans plus tard, la tristesse prévaut. Le procès Colonna, c’est le chagrin des Corses. Gênés, pudiques, ils répugnent à en parler. «Il y a une retenue, un malaise, estime Paule Parsi-Graziani, adjointe au maire de Bastia. On a tous perdu avec cet acte qui met en évidence l’absurdité de la violence. Il donne de la Corse une image dont elle n’est pas fière. Ça nous laisse avec une forme d’impuissance.»

Dans les têtes, les questions tournent, sans réponse : Yvan Colonna a-t-il fait cela ? Si oui, pourquoi ne le revendique-t-il pas ? Si non, sera-t-il condamné ? Il faudrait un peu de clarté ; il n’y en a pas. D’où le malaise. «Il ne s’agit pas seulement de savoir qui a tenu l’arme, analyse Jean-Martin Mondoloni, président du groupe UMP à l’Assemblée territoriale. La Corse ne pourra faire l’économie d’un examen de conscience collectif des causes qui conduisent un commando à commettre l’irresponsable.» Savoir pourquoi l’île accepte une violence, «pas normale mais ordinaire». L’élu explique : «On est sept à la commission permanente de l’Assemblée. Les sept ont un jour reçu des menaces de mort. On finit par prendre l’habitude de cet environnement. Le procès d’Yvan Colonna renvoie à tout ça.»

Un natio rappelle : «Dans la vie, en Corse, on peut être amené à tuer. Ce n’est peut-être pas moral, mais c’est comme ça. Ici, le viol, c’est plus hard que la mort.» Dans un bar rural, à l’apéro, on devise : «Ce qu’ils ont fait, c’est complètement con, absurde. Mais on est avec eux.» «Coupable ou innocent, je m’en fiche : l’essentiel, c’est que Colonna sorte, car il est un des nôtres», tranche un nationaliste. Même s’il n’approuve pas l’acte : «Ça n’a servi à rien ! Tuer un préfet, on y a tous pensé. On a tous repoussé l’idée.»

Au comptoir, on tente de comprendre cet «électrochoc» que le commando voulait déclencher dans les groupes nationalistes en pleine guerre fratricide : «L’idée, c’était, plutôt que de s’entre-tuer, s’en prendre au véritable ennemi. En Corse, on est comme les tribus indiennes, on passe notre temps à se taper dessus. Mais quand le visage pâle arrive, on se lie tous contre lui.» L’électrochoc n’a pas fonctionné. «Mais avec cette cavale dans le maquis, Colonna a pris toute la mystique du bandit corse. C’est le Zapata de la Corse. Il va morfler et ça va péter.»

Pour éviter ça, l’Eglise a tenté d’entrer dans le jeu. Avant le procès, l’évêque d’Ajaccio a publié un long message demandant de prier tant pour la famille Erignac que pour Yvan Colonna et ses proches, et appelant à un procès dans «la sérénité». Le père Gaston Pietri, responsable de la revue diocésaine, revendique ce rôle de «sentinelle morale» de l’Eglise et explique : «Nul ne peut oublier qu’Yvan Colonna a été désigné, par certaines déclarations imprudentes, comme le tueur.» Allusion à la «parole strictement outrancière» de Sarkozy, annonçant, en juillet 2003, l’arrestation «d’Yvan Colonna, l’assassin du préfet Erignac», sans respect de la présomption d’innocence. «Imaginons une condamnation ultra-sévère d’Yvan Colonna : rien n’est réglé en Corse», prévient Gaston Pietri.

«Commando brosses à dents»

C’est pourquoi, l’évèque d’Ajaccio, Mgr Jean-Luc Brunin appelait (1) à engager le dialogue «avec toutes les composantes de la société corse, sans exclusive». Donc, avec les nationalistes les plus durs. Très clair, Mgr Brunin ajoutait : «Plus jamais nous ne pourrons laisser penser que la seule répression suffit à étouffer les légitimes aspirations des populations à être reconnues.» Or, ces jours-ci, les descentes de police se multiplient dans les milieux nationalistes, à la faveur d’enquêtes sur des attentats. «Avec un "commando brosses à dents" qui pique les brosses de certains militants pour récupérer l’ADN» et les ficher, dénonce André Paccou. Pour le délégué régional de la Ligue des droits de l’homme (LDH), «tout cela attise la radicalisation». Alors qu’il faudrait sortir du «face-à-face entre un Etat qui joue de la matraque et des clandestins qui jouent de l’explosif : la Corse crève de ces logiques d’affrontement, la majorité des Corses n’a pas envie d’être dans un camp ou dans l’autre».

(1) http://catholique-ajaccio.cef.fr
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