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Jeudi 17 Janvier 2008



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Giacobbi è Fillon à l'assemblea naziunale francese
M. le président. La parole est à M. Paul Giacobbi, pour le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche. http://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/2007-2008/20080098.asp 


M. Paul Giacobbi. Monsieur le Premier ministre, vous êtes allé hier en Corse et vous avez bien fait.

M. Jean-Claude Lenoir. Très bien !

M. Paul Giacobbi. Vous avez rappelé que les délits commis dans les locaux de l’assemblée de Corse devaient être punis par la loi et vous avez eu raison. Mais qu’il me soit permis de vous faire part de ma lassitude.

Plusieurs députés du groupe de l’Union pour un mouvement populaire. Et la nôtre alors ?

M. Paul Giacobbi. Élu de Corse depuis vingt-cinq ans, je n’ai cessé de combattre, dans le respect des lois et avec la seule force de ma conviction, une violence dont j’avais dénoncé le caractère crapuleux il y a déjà un quart de siècle.

J’ai contesté, ici même, parfois dans le brouhaha, ces politiques qui privilégient, dans l’action de répression indispensable, ce qui flatte l’opinion publique au détriment de l’efficacité sur le terrain : ce n’était pas sans risque.

Vous avez eu raison aussi de dire, monsieur le Premier ministre, que s’attaquer à l’assemblée de Corse, dont je salue le président, ici présent, en l’assurant de toute ma solidarité, c’est s’attaquer à la démocratie. (« Très bien ! » sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.) Mais s’attaquer à la maison d’un élu du peuple, d’un député – et je ne parle pas que de moi, hélas ! –, risquer la vie de jeunes enfants de sa famille, à quelques mètres et quelques secondes près, pour le punir d’avoir dit ici les choses crûment, comment peut-on le qualifier ?

Il y a quelques jours, le procureur général de Bastia a publiquement demandé que le pôle financier de sa juridiction soit enfin pourvu de trois postes d’auxiliaires spécialisés. J’avais saisi en 2000 d’une demande similaire, pour les mêmes postes et le même pôle financier, celui qui était alors votre prédécesseur – vous voyez que je ne suis pas sectaire – et j’attends toujours une réponse.

Samedi à Ajaccio, l’Assemblée de Corse, au vu et au su de la police, a été envahie par des manifestants qui y étaient entrés par effraction, et n’a été évacuée par la force publique qu’à la suite d’un incendie criminel.

Depuis plusieurs années que je demande des nouvelles du programme de vidéosurveillance des gendarmeries, pourtant si fréquemment et si lâchement attaquées, on me répond invariablement qu’il y faudra du temps, beaucoup de temps.

La Corse attend, pour le respect de ses libertés menacées par la gangrène d’une violence chronique, autre chose que des proclamations ou des statistiques exagérément optimistes. Elle attend des actions transparentes, des efforts constants et ciblés, du courage politique, et des résultats.

Monsieur le Premier ministre, nous vous savons capable de tout cela, et sur ces points qui nous réunissent tous, les élus de Corse sont prêts, j’en suis certain, à soutenir votre action au-delà des appartenances partisanes.

La Corse est exaspérante et quelquefois désespérante par ses infinies revendications parfois contradictoires, mais il en est une que vous ne pourrez ni ne voudrez repousser : elle demande à être un territoire de la République. (Applaudissements sur tous les bancs.)

M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.

M. François Fillon, Premier ministre. Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, les violences qui ont été commises samedi contre l’assemblée territoriale de Corse sont inacceptables, comme le sont les assassinats, les rackets, les destructions de biens, appartenant à des Corses ou non, les attaques ou les actes d’intimidation contre des agents de l’État ou contre des élus.

Mais plus encore, ils sont incompréhensibles dans une démocratie, où les opinions, fût-ce en faveur de l’autonomie ou de l’indépendance, s’expriment dans les élections et à travers les débats des assemblées démocratiquement élues.

Or ceux qui commettent ces violences, monsieur Giacobbi, perdent les élections et voient leur nombre se réduire de mois en mois : ils ont eu bien du mal, samedi, à rassembler six cents personnes pour manifester à Ajaccio. Ceux qui commettent ces actes voient que certaines des organisations sur lesquelles ils s’appuient, et que vous avez vous-même qualifiées de crapuleuses, perdent progressivement du terrain grâce à l’action de la police et de la justice.

Pour ma part, je vois un lien entre la violence de ces actions, qui débordent manifestement la direction de certains mouvements politiques, – lesquels ne les condamnent pas pour autant –, et la recrudescence des arrestations à la suite des opérations de justice qui se poursuivent. L’arrêt du recours aux analyses ADN dans les enquêtes judiciaires figure d’ailleurs au nombre des revendications de ceux qui ont commis samedi ces actes inqualifiables. C’est que l’ADN ne s’accommode pas de la loi du silence, et depuis plusieurs semaines beaucoup d’affaires ont été élucidées en Corse grâce à l’utilisation de ces nouvelles technologies, qui s’ajoute à l’engagement de la police et à l’efficacité de la justice.

Oui, monsieur le député, vous avez raison de demander que l’on renforce la présence de la République sur le territoire corse. C’est ce qu’ont déjà fait le Président de la République et le Gouvernement, en passant avec les collectivités de Corse un contrat d’une importance sans précédent pour le développement économique. Nous allons renforcer les moyens de la sécurité, notamment en matière de vidéosurveillance, pour faire en sorte que la sécurité des élus et des représentants de l’État soit assurée sur le territoire de la Corse.

À la suite de la visite que j’ai effectuée hier à Ajaccio, je convie l’ensemble des élus de l’île à Matignon pour débattre avec nous de ces sujets. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire et du groupe Nouveau Centre.)

M. Jack Lang. Très bien !

M. le président. Nous avons terminé les questions au Gouvernement.
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Mardi 25 Decembre 2007

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A maestria di a lingua, cundizione per pudè cumprà a terra... in Belgica!
S'ella si scioglie pianu pianu a quistione di a lingua corsa (à u pianu di l'insignamentu), hè oramai a quistione di a terra chì piglia a suprana in Corsica.  

Pochi giovani Corsi sò capaci à cumprà un pezzu di terra o un alloghju. Seria una bona di difende u cumpru di a terra à quelli chì ùn parlanu micca a lingua di i nostri lochi.

A cursufunia sarebbe cusì una cundizione necessaria à tutti i quelli chì vulerianu stallà si quì. A pressione linguistica è a pressione fundiaria serianu cusì addebbulite.

Mancu appena sognu ma fattu, si face digià in Belgica. Lighjite puru st'articulu è un cartulare nant'à a terra in u giurnale a Nazione : www.anazione.com


Terrains à vendre pour néerlandophones


Malgré la mise en place prochaine d'un gouvernement, l'apaisement entre les communautés n'est pas pour demain en Belgique. La commune flamande de Zaventem, célèbre parce qu'elle abrite l'aéroport national, a ainsi décidé de ne plus vendre de terrains aux personnes qui ne parlent pas la langue néerlandaise ou ne l'apprennent pas dans une institution agréée. Cette décision, confirmée mardi 18 décembre, vise, évidemment, les francophones qui souhaiteraient bâtir dans cette zone proche de Bruxelles.



"La langue est un outil d'intégration pour des gens qui souhaitent s'installer en Flandre", souligne Eric Van Rompuy, échevin - adjoint au maire - en charge de l'aménagement. Il estime que cette exigence est "un instrument important pour garantir le caractère flamand" de Zaventem.

SÉRIE D'ESCARMOUCHES

Un élu francophone au parlement régional flamand avait introduit un recours contre la décision de Zaventem, la jugeant discriminatoire. Le gouverneur du Brabant flamand a rejeté la plainte, confirmant l'attitude intransigeante des diverses autorités à l'égard des francophones vivant dans la périphérie de Bruxelles.

L'épisode ajoute aux tensions alors que les travaux pour une révision du système fédéral devraient démarrer dans quelques semaines. Ils seront conduits par le chrétien-démocrate flamand Yves Leterme. Après avoir échoué à deux reprises à former le gouvernement, il doit devenir vice-premier ministre chargé des réformes institutionnelles dans le gouvernement de transition mis en place sous la direction de Guy Verhofstadt (Le Monde du 20 décembre).

Flamands et francophones devraient s'y s'opposer à nouveau dans une atmosphère de guérilla permanente. La décision de la commune de Zaventem est le dernier épisode d'une longue série d'escarmouches menées par les Flamands. Des municipalités flamandes proches de Bruxelles ont interdit l'usage du français dans les lieux publics ou sur des marchés. Et la région flamande a annoncé qu'elle voulait forcer les demandeurs d'un logement social à parler le néerlandais.
Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, correspondant)
Article paru dans l'édition du 25.12.07. Le monde
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Vendredi 21 Decembre 2007

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A nazione nant'à u SCB
Pichjate quì per vede a cuprendula! http://img505.imageshack.us/img505/3443/anazioneve1.jpg 
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Samedi 01 Decembre 2007

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A Corsica, terra o interru di i Corsi?
Cacciatu da u giurnale "A Nazione". www.anazione.com 
Hè un prublema di fondu l’assestu di u territoriu. Moltu più per un isula muntagnola cum’è a nostra. Tempi fà, a creazione di a Terra di u Cummunu hà permessu l’articulazione di l’attività agricule è pasturale. S’hè intrecciatu u liame à a terra è à a so pruprietà incù u liame suciale trà i paisani, a so dignità è u so travagliu.

A fine di stu sistema di scumpartera di a terra, incù a calata di l’attività agro-pasturale, u sviluppu di u turisimu è di i trasporti, hà inghjennatu una situazione di cunflittu, dipoi a messa in valore di a piaghja d’Aleria, à prò di i pedi neri, è ch’elle sò spuntate e prime scimizie immubiliare. Omu sà cum’elle sò state accolte da i Corsi...

Eppuru, a quistione di a terra ùn hè ancu sciolta. Hà pigliatu un antru versu dipoi dece anni incù a multiplicazione di a custruzzione di case secundarie è a crescita di i valori immubiliari.


Segregazione vulsuta è patuta

Quale ùn la sà ch’elli sò cullati i prezzi di u bastimentu ? In quattru è trè sette, a Corsica hà rimpattutu u so « ritardu » nant’à i prezzi di e cità francese.

Per tene un alloghju, a ghjente s’indebiteghja per vinti cinque o trenta anni. D’altri, ùn ponu più cumprà è si ne stanu in HLM, in cità o in paese, à fiancu à case è casoni chì spuntanu sempre di più. Quessi, sò sempre chjosi è ùn sò nostri, sò per quelli chì tenenu caru à a Corsica è à a so chetudine.

A multiplicazione senza limitu di case secundarie hè dunque un prublema suciale perchè crea lochi di « ghetto », azzeca dinù a ghjelusia è u rancore. Invece di prumove l’integrazione di pupulazione nove, accresce a segregazione vulsuta di i più favurizati è quella patuta, imposta à a so mani d’opera, per u più magrebina o purtughesa, chì tene impiegatelli lasciati da i corsi. Per falla à l’accorta, omancu trè mondi chjosi campanu unu à fiancu à l’altru, spessu unu in pettu à l’altru1.


A vendita di a terra : suluzione o palliativu

A custruzzione di ste case secundarie hè una cunsequenza di u prublema ecunomicu è stituziunale. Compranu i furesteri perchè i Corsi anu bisognu di i so soldi, à quandu per campacciulà, à quandu, ci vole à dilla dinù, per manghjà si u casale di l’antichi, in quattru è trè sette fendu a spacca. Di e volte, si vende à furesteri invece di vende à un corsu per ghjelusia.

À certi, li si pare chì a vendita hè una suluzione à longu andà ma hè solu un palliativu perchè i so figlioli ùn averanu mai abbastanza soldi per cumprà si una casa in un paese duve ellu colla sempre di più u valore di a terra. Quandu a fame tocca, ancu u pane pare torta…


U valore di a terra ùn face ricchezza

Sta suluzione pratica à u prublema ecunomicu chì cunsiste à vende una parte di u casale inghjenna l’affaccata d’industriali furesteri. Si buscanu quì un pezzu di paradisu. Subitu dopu, sò elli chì tenenu l’artisgiani di u paese postu chì sò i soli à pudè si stallà è dà li u travagliu. Ogni ghjornu, si manghjanu un pezzu di « parmigiano » talianu perchè u casgiu corsu, à quandu ùn lu ponu più cumprà, à quandu ùn ci hè più. Oramai, l’industria di a Corsica, più chè a bellezza di i so lochi, hè u silenziu di i so paisoli è di i so paisani. Certi scalaticci si lagnanu ancu di u tazzu ch’elle facenu e campane2 ! Aiò, ùn hè a paghjella ma u silenziu chì l’incanta !


A dualità di l’ecunumia è di l’istituzione

U sbagliu di i puliticanti tradiziunali hè di vede ecunumia è stituzione cum’è s’elle fussinu un dualisimu, duie cose spiccate. Invece, sò intrecciate assai è si tratta di dualità. Quellu di i naziunalisti hè d’avè incalcatu troppu nant’à u versu simbolicu di l’istituzione fin’à fà perde di vista à u populu e so funzione ecunomiche è pratiche ind’a vita ghjurnalaghja.

Spustatu chè n’avemu u nostru sguardu nant’à e strutture suciale, vidimu avà un ecunumia abbambulita da u Statu pruvidenza francese ma dinù di a so scaduta3, da u clientelisimu lucale, da u pocu d’ambizione è di u laziu di e ghjente, da e banche rancicone, da u mitu o da u racontu chì mintuveghja a riescita suciale di u ladrone in pettu à i strazii di i travagliadori…

Sò elli chì ci vole à difende. L’agricultori ùn ponu più tene o cumprà terre da stallà si per via di a speculazione. In quantu à l’artisgiani, travaglianu è si ne stanu ind’è i paesi per via di ste pupulazione nove è furtunate. Hè u fattu d’un determinisimu, d’una custretta suciale più chè una scelta libera s’è tanti giovani si voltanu versu l’amministrazione. À l’agrottu di a ricchezza ch’elli sò, impiegati è funziunarii ùn anu abbastanza mezi per indià si di più ind’a vita ecunomica è purtà prugetti innuvanti. Ùn hè colpa à u so ADN s’elli sò pocu asgiati incù l’intraprese i corsi. Fora, anu riesciutu è bè…


Cuscenza, discorsu è pratica : hè l’ora di a scelta pulitica

Femu la finita incù l’incantazione anzianotte nant’à a cuscentisazione di e ghjente. A risposta à u capatoghju di e case secundarie è di u fundiariu di modu generale hà da vene da tutti, ind’i fatti. Dì chì ùn ci vole micca vende, quessa pò ùn basta. Si sà chì u patriuttisimu discursivu vene prestu scarpighjatu da a pratica liberale è da a luce di duie baiocche. Micca fola ma stalvatoghju, certe ghjente imbarettate naziunaliste vendenu ancu elle à furesteri… Hè l’ora di a scelta chjara d’un prugettu puliticu. Simu ghjunti à « li punti stremi ». Ùn ci hè pesciu senza lische. E risposte à u particulare di a terra, sò da visticà da e parte di a nostra reazzione à a mundialisazione, à l’individualisimu è à l’eculugia4.

S’ella si vende torna a terra, i Corsi, da populu, anu da sparisce. Hè a Corsica sana chì serà « orfanella di stu mare5 »… Mentre s’omu mette in ballu unepoche di misure pulitiche cunnisciute è appiecate in altrò, si puderà sperà torna ind’a so salvezza nun solu per ella ma dinù per a pace suciale.

Ohimè ! Quellu prugettu, serà u PADDUC ? Plan d’Aménagement pour le Développement Diffus de la Côte o per a Dissolution Durable des Corses, ùn anu ancu sceltu ?

Sebastianu QUENOT

1. Cf l’affare di Palasca d’agostu 2007.
2. Idem
3. À sente à Fillon, a Francia sarebbe à paghjolu…
4. GIDDENS A, BLAIR T, 2002, La troisième voie, Le renouveau de la social-démocratie, Seuil, Paris.
5. Luciani Saveriu., Cavallu, in u dischettu Isula di Petru Guelfucci o Rinvivì di Canta u Populu

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Jeudi 27 Septembre 2007

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Résidences secondaires : bienvenue à "Britishland"
LE MONDE  
O aurait pu penser que le mouvement allait s'essouffler, mais non !" Thomas Deschamps, chargé d'études à Odit-France, agence publique consacrée au développement touristique, ne cache pas son étonnement. Après des années de hausse soutenue, puisque les achats ont vraiment décollé au début des années 1990, le nombre de résidences secondaires anglaises en France augmente toujours, et parfois de façon spectaculaire : de 2003 à 2005, le chiffre s'est accru de 32 %, pour atteindre le total de 70 627. Certes, cet engouement s'inscrit dans un appétit général pour la France. Mais le rythme d'augmentation toutes nationalités confondues (10,1 %) est beaucoup moins soutenu que celui des Britanniques. Les Anglais étaient déjà, et de loin, les premiers étrangers propriétaires en France. L'écart s'est donc encore creusé. En outre, l'augmentation générale des acquisitions britanniques cache une véritable explosion, dans certains départements : + 101 % dans l'Indre, + 84 % en Haute-Vienne.
Les flux financiers engendrés par cette ruée anglaise sont impressionnants : "Pour la seule année 2004, les Britanniques ont dépensé 5 milliards d'euros, signé plus de trente mille actes de vente, soit 41 % de tous les achats étrangers dans l'Hexagone. Deux fois plus qu'en 2000 !", observe le journaliste José-Alain Fralon, dans son livre, Au secours, les Anglais nous envahissent ! (éd. Michalon 2006).
Cette invasion pacifique, très sélective, a ses critères propres. Les Britanniques s'installent plus dans l'intérieur, pourvu qu'il soit campagnard, que sur le littoral. Paradoxalement, ils viennent réaliser en France un rêve... anglais, qui commence par l'achat d'une résidence secondaire et se poursuit souvent par l'installation définitive : "Ils recherchent un cadre de vie qui leur corresponde vraiment. C'est l'image du cottage anglais, parce qu'ils ont beaucoup plus de mal à réaliser cette aspiration chez eux, pour des raisons de prix et de densité démographique", résume M. Deschamps. José-Alain Fralon confirme cette analyse : "Ces "gens-là", écrit-il, peuvent bien nous dire qu'ils adorent la France, qu'ils y vivent et veulent y mourir, ne nous leurrons pas : c'est en Angleterre qu'ils sont. Une Angleterre mythique, certes, une Angleterre rêvée (...), mais en Angleterre quand même." Une Angleterre d'avant l'évolution vers une société de plus en plus dure. D'avant la raréfaction des espaces libres, dans un pays aujourd'hui deux fois plus peuplé que la France.
L'autre phénomène remarquable est la spécialisation géographique de cette implantation anglaise. Les Hollandais, autres très bons "clients" des fermettes retapées dans la campagne française, sont ceux qui "occupent le plus d'espace rural" sur l'ensemble de l'Hexagone, indique Alain Monferrand, directeur de l'observation touristique à Odit-France. En dehors des zones touristiques déjà courues au XIXe siècle comme la région de Nice, l'installation des résidents secondaires anglais se fait, pour les deux tiers, à l'ouest d'une ligne Le Havre-Perpignan, au point de faire revivre d'anciennes frontières historiques. "Les Anglais ont tendance à se répartir comme si, inconsciemment, ils souhaitaient reconstituer le royaume des Plantagenêt", souligne M. Monferrand.
Royaume pour les uns, empire pour les autres, cette dynastie constitua un vaste domaine qui, au XIIe siècle, réunit sous la même souveraineté des territoires de part et d'autre de la Manche. A leur apogée, les possessions des Plantagenêt allaient de la frontière de l'Ecosse aux Pyrénées. Ils regroupaient sous leur bannière, de ce côté-ci de la Manche, la Normandie, la Bretagne, une partie des actuels pays de la Loire, le Poitou-Charentes, l'Aquitaine. Autrement dit, dans un décalque presque parfait, la zone du territoire français que les Britanniques plébiscitent aujourd'hui !
Des raisons de proximité géographique et de facilité de transports (lignes maritimes ou aériennes à bas coût, qui ont accompagné et favorisé l'implantation des "colonies" anglaises) expliquent pour partie ce choix. Mais l'Histoire, fût-ce de façon instinctive, joue sans doute son rôle. Ainsi, une Anglaise de Bergerac a-t-elle confié à José-Alain Fralon : "J'espère que ce n'est qu'une plaisanterie, mais beaucoup de mes amis britanniques y font souvent allusion et ne cessent de répéter (entre eux bien entendu) : il ne faut pas oublier que l'Aquitaine nous appartenait... "
Aujourd'hui, le phénomène anglais commence à déborder des frontières de l'ancien royaume. C'est que les Britanniques sont victimes du succès qu'ils ont contribué à créer : saturation de l'espace du "Britishland", envolée des prix telle qu'eux-mêmes ne peuvent plus ou ne veulent plus suivre. Ainsi lorgnent-ils désormais sur des départements à l'est de leur tropisme naturel, comme l'Indre ou la Creuse.
Parmi les nationalités qui se bousculent pour acheter en France, les Irlandais apparaissent depuis peu, ce qui confirme le décollage économique de cette île, autrefois réputée pour la beauté de ses paysages, mais aussi pour sa pauvreté. Dynamisée, depuis son adhésion à l'Union, par d'importantes subventions européennes, l'Irlande, qui fournissait autrefois des contingents d'émigrés de la misère au Nouveau Monde, vient aujourd'hui gonfler les mouvements d'achats de biens au coeur de la vieille Europe : en deux ans, le nombre de possesseurs de résidences secondaires en France a presque doublé, pour atteindre 2 110 en 2005. Mais les Irlandais ont un comportement bien différent de leurs voisins anglais. Venus d'un pays verdoyant, à la densité démographique deux fois plus faible que celle de la France, mais au climat beaucoup plus mouillé, ils ne recherchent pas la campagne, mais le soleil, ne vont pas à l'ouest, mais plein sud.
Anglais, Irlandais, Hollandais, mais aussi Belges, Espagnols, avec la deuxième plus forte progression de 2003 à 2005... Selon toute probabilité, la France va devoir apprendre à gérer un mouvement qui pourrait être durable. Car il repose sur un atout qui ne risque pas de disparaître : l'attractivité, pour les populations européennes en quête de calme, d'un très vaste territoire rural. M. Monferrand se dit convaincu qu'il y a là "l'un des vrais produits d'appel de la France dans les années qui viennent".

Jean-Louis Andreani
Article paru dans l'édition du 21.07.07.
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